C’est en 1984 à l’université d’arts plastiques de Montréal que j’ai fait mes premiers portraits. Je me souviens des sensations que j’ai eues ces premières heures d’hivers. Dessiner un visage pour la première fois c’est redescendre de son point de vue sur le monde. A ce moment dessiner c’est se dépouiller de toutes ses croyances. Le visage de l’autre n’est pas le miroir qu’offre le modèle nu. Le trait ne peut en démentir, c’est ici que se retrouve l’âme, la personnalité, les sentiments et la raison, la douleur de l’autre. Mon épreuve à ce moment s’augmente, liée à la peur, à la qualité du respect de mon regard. La main est neutre, la distance avec moi-même est absolue. Un assez bon premier portrait vient au hasard, il s’appelle chance ou absence de doute, il dit simplement: recommence, recommence, recommence.
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avec des textes
de S:Boggio
Bouche
Assis à une table de distance il avait cru que… Il s’était dit que peut-être… Mais en passant tout à côté d’elle, espérant que… Non, maintenant qu’il était dehors avec ses cabas il en était sûr. Elle restait là, absolument immobile, continuant de fixer ce point improbable dont il avait cru être la cible. Alors il était parti. Un peu déçu. De tout ça elle s’était parfaitement rendu compte. Mais elle était si loin… Était-ce lui ? La lumière ? Les bruits ambiants ? Qu’importe. Elle avait levé les yeux vers lui au moment où il tournait une page du journal et tout lui était revenu. Brusquement. Tout un pan de sa vie qui avait refait surface. S.B



